Fév 3, 2025
Quand j’étais éditrice en maison d’édition, il m’est souvent arrivé de faire appel aux services de Frédérique, traductrice d’ouvrages anglais en langue française.
Le métier de traducteur.rice est peu connu du grand public, pourtant ces orfèvres du texte font un travail remarquable : ils et elles sont capables de retransmettre l’essence d’un livre étranger dans notre langue française.
Tout en restant fidèles à la version originale, ils et elles adaptent avec minutie et rigueur la version originale d’un texte pour le rendre accessible.
Rencontre avec la talentueuse Frédérique Corre, traductrice confirmée et toujours aussi passionnée par son métier, après plus de vingt-cinq ans de pratique !
Je traduis en langue française des livres écrits en langue anglo-saxonne. Il s’agit d’ouvrages axés “Vie pratique”, c’est-à-dire sur tous les thèmes liés à la vie quotidienne (qui va de la cuisine… à la ménopause, l’une de mes dernières traductions !).
Pour moi, être traductrice, c’est transmettre et rendre accessible un contenu à destination de personnes qui ne connaissent pas la langue anglaise. C’est aussi savoir rendre le texte facile et agréable à lire.
Je traduis de l’anglais vers le français, et jamais l’inverse, car un.e traducteur.rice qui n’est pas bilingue de naissance, comme c’est mon cas, traduit toujours vers sa langue maternelle, même si durant mes études, j’ai appris à faire des versions et des thèmes !
C’est dû au fait que, quand c’est notre langue maternelle, on connaît son évolution ainsi que tous les petits “trucs” de langage. Toutes ces choses qu’on ne saurait absolument pas rendre dans la langue étrangère, si l’on ne vit pas dans le pays ou si l’on n’est pas sans arrêt connecté à ce qui s’y passe.
📚 Le parcours de Frédérique
📙 1997 : J’obtiens mon diplôme de traduction.
📙 1998 : Je commence à traduire des documentaires audiovisuels.
📙 2000 : Je me forme au sous-titrage.
📙 2002 : Première traduction pour Marabout (groupe Hachette).
📙 2007 : Sortie de mon premier livre Jeune maman et paresseuse pour Marabout.
📙 2016 : J’arrête la traduction audiovisuelle pour me consacrer entièrement à mon travail pour l’édition (traduction et écriture).
Dans un premier temps, quand un.e éditeur.rice me contacte pour traduire un livre, j’évalue la durée de la traduction, en fonction du nombre de mots notamment. Je balaie aussi le texte en diagonale pour me faire une idée du niveau de difficulté.
Certaines traductions me correspondent complètement en termes de sens, d’intérêt et de style. Dans ces cas-là, c’est très facile pour moi.
Mais il y a d’autres textes qui, au contraire, me demandent de sortir de ma zone de confort. Je pense au livre de Chris van Tulleken, Ultra-Transformés (Hachette Pratique, 2024), que j’ai traduit l’année dernière. Le contenu de ce livre est très scientifique, documenté, et cela m’a demandé beaucoup de travail.
Couverture du livre Ultra-Transformés, Chris van Tulleken (Hachette, 2024), ouvrage traduit en français par Frédérique.
Avant de traduire un texte qu’on m’a confié, je prends le temps de regarder la présence de l’auteur.e sur les réseaux et son site Internet. Par exemple, pour La méthode de méditation en 6 phases de Vishen Lakhiani, le fondateur et PDG de Mindvalley, que j’ai traduit pour les éditions Trédaniel, j’ai téléchargé son appli et j’ai écouté ses vidéos.
Ensuite, pour traduire un ouvrage, en général, je procède en trois étapes, essentielles pour aboutir à un texte de qualité.
Je commence par traduire rapidement l’ensemble du texte, ce qui me donne une première version, assez basique, plus ou moins du niveau d’un élève de quatrième ! Mais ça me donne une vision globale.
C’est important pour moi de traduire d’un trait tout le livre. Ça me permet de connaître le point de vue de l’auteur.e, les thèmes principaux et de me familiariser avec ses termes, son lexique, son langage.
Quand je relis une deuxième fois, en général, je réécris tout ! C’est noir de corrections, car c’est l’étape d’affinage.
Je vérifie que je n’ai pas fait de contresens et que je n’ai rien oublié. Les contresens, je les repère assez vite, souvent quand je me retrouve devant une phrase ou un paragraphe qui ne veut rien dire.
Lors de cette étape, j’essaie aussi d’éviter les répétitions et les lourdeurs que je retrouve souvent dans les livres de spécialistes qui, il faut bien le reconnaître, ne sont pas des grands littéraires.
C’est ça, ma valeur ajoutée : mon travail consiste à adapter, en respectant bien sûr le texte d’origine et le style de l’auteur.
Pour moi, le plus d’un.e traducteur.rice confirmé.e, c’est de rendre le texte fluide et agréable à lire, sans trahir ce que veut dire l’auteur.e, ni son style.
Donc, c’est vraiment un travail d’équilibriste minutieux, brique par brique.
Ensuite, si possible, je laisse passer quelques jours après avoir terminé cette deuxième version pour relire le texte du point de vue des lecteurs.trices en oubliant le texte anglais.
Bien sûr, si ça coince à un endroit, je le reprends pour voir si j’ai fait un contresens ou si c’est le propos de l’auteur.e qui n’est pas clair.
Cette étape me permet de vérifier si c’est fluide, agréable à lire, si tout est clair. Je suis vraiment très minutieuse et si je vois qu’il y a encore une ou deux pages qui bloquent, alors je les imprime et je les retravaille une quatrième fois jusqu’à ce que tout me paraisse bien.
Pour moi, le plus d’un.e traducteur.rice confirmé.e,
c’est de rendre le texte fluide et agréable à lire,
sans trahir ce que veut dire l’auteur.e, ni son style.
Oui, c’est long ! Pour la première version, je dois t’avouer que ce qui m’aide, c’est d’utiliser certains traducteurs en ligne pour “débroussailler” le texte quand je manque de temps ou que je dois adapter mon travail au tarif proposé pour pouvoir, malgré tout, livrer un travail de qualité !
Bien sûr, le rendu de ces aides à la traduction n’est pas bon (c’est du mot-à-mot et souvent hors contexte, il y a des erreurs de syntaxe, des contresens…), mais ça me permet de démarrer sur quelque chose.
Et également quand je suis sur une traduction plus difficile, ce qui a été le cas pour le livre dont je t’ai parlé, Ultra-transformés, ces sites m’aident tout simplement à ne pas devoir retaper les mots très techniques, comme le nom des produits chimiques, et à vérifier que j’ai bien compris tel ou tel concept un peu pointu.
Personnellement, je préfère les livres axés sur le développement personnel et spirituel. En fait, ce que j’adore dans mon métier, c’est la variété des sujets que je traduis. Je dis toujours à mes client.e.s qu’il ne faut surtout pas m’enfermer dans une case, car je trouverais dommage qu’on ne me propose pas un sujet qui aurait pu vraiment m’intéresser.
Je suis très curieuse de nature et j’adore apprendre, découvrir d’autres univers… Et même si je n’adhère pas au contenu d’un livre, j’en tire toujours quelque chose d’intéressant, qui m’enrichit personnellement.
Non, je ne veux surtout pas me spécialiser ! D’ailleurs, l’une des dernières traductions que j’ai faites a été un vrai cadeau. Il s’agit de l’adaptation en roman graphique de 1984 de George Orwell, par Matyas Namai.
Couverture du roman graphique 1984, d’après le chef-d’œuvre de George Orwell, par Matyas Namai (Trédaniel, 2025). Frédérique Corre a réalisé la traduction française de cet ouvrage illustré.
N’ayant pas “l’étiquette roman”, j’ai été très heureuse que l’éditrice me propose la traduction de ce titre.
La principale contrainte pour cette traduction a été de respecter les termes de la traduction de référence (la première), tout en dépoussiérant le texte. Je l’ai rendu plus moderne, plus facile à lire et à comprendre, notamment en ce qui concerne les passages sur l’idéologie du Parti et de ses opposants.
Oui, mais d’un projet à l’autre, ça s’équilibre. Et, grâce à l’expérience, j’arrive à bien m’organiser. Avant, je faisais des rétroplannings précis que je respectais scrupuleusement, avec un nombre de pages à traduire chaque semaine.
Mais depuis un ou deux ans, j’arrive à savoir instinctivement où j’en suis sans avoir besoin de plannings. Bien sûr, j’ai quand même mes deadlines marquées en gros dans mon agenda !
En général, j’évite. Si vraiment je suis obligée, je le fais, mais je n’aime pas ça.
Je préfère m’immerger dans un texte et une fois terminé, je passe au suivant. Mes deux prochaines traductions ont la même deadline. Je les ferai l’une après l’autre.
Oui, ça m’est déjà arrivé ! Au printemps dernier, j’ai dû par exemple en refuser une car j’avais trop de travail (une chance, je sais !).
Il m’est aussi arrivé de refuser, car l’ouvrage proposé était trop pointu, sur un sujet qui m’était totalement inconnu, et j’avais peur de faire des contresens.
Et ça m’est aussi arrivé de refuser pour des raisons personnelles, mais cela n’a rien à voir avec l’édition. J’ai été contactée récemment via LinkedIn par une personne qui cherchait des traducteurs.rices pour des films, ce que je sais faire grâce à mon expérience dans l’audiovisuel.
Mais quand j’ai demandé un exemple de traduction, j’ai vu que c’était pour une église américaine et que c’était truffé de mots comme “satan” et “corrompu”. J’ai décliné la proposition, car je ne veux pas véhiculer ce genre de messages.
Bien sûr, il y a certains sujets auxquels je n’adhère pas forcément, mais ça ne me dérange pas de traduire leur contenu. Par exemple, le jeûne ne m’attire pas vraiment à titre personnel. Mais comme je sais que ça intéresse beaucoup de gens, j’ai accepté sans problème de traduire un livre qui en parlait (Le jeûne au féminin de Mindy Pelz aux éditions Trédaniel). Et d’ailleurs, il trouve son public !
Pour faire ce métier, c’est important de suivre l’évolution de la langue qu’on traduit (vive les séries en v.o. sous-titrées !), tout en continuant à lire en français, d’être ultra pointilleux.se et fiable, et enfin de se créer un réseau et de l’entretenir.
📚 Les livres que Frédérique est particulièrement fière d’avoir traduits
📙 Les premiers livres des Paresseuses, la collection à succès de Marabout.
📙 Les livres de cuisine de Jamie Oliver aux éditions Hachette Pratique.
📙 La sagesse arborigène de Paul Callaghan et Paul Gordon (Robert Laffont, 2002).
Alors, c’est tout une histoire ! J’ai tenté deux fois d’entrer dans une école de journalisme, mais j’ai raté… à cause de l’anglais !
Donc, je me suis inscrite en fac d’anglais et j’ai adoré. Comme je ne voulais pas devenir professeure d’anglais, le principal débouché de cette filière, je suis devenue assistante de direction. Très vite, j’ai étouffé, car je ne supportais pas de devoir aller travailler tous les jours, aux mêmes horaires, quelle que soit la charge de travail. Et surtout, j’ai beaucoup souffert du manque de considération et de la mentalité qu’il y avait dans l’entreprise.
J’ai donc tout arrêté et je suis partie barouder deux mois en Australie avec mon compagnon de l’époque en espérant que ce serait l’occasion pour moi de faire le point sur mon avenir professionnel. Et je me souviens encore aujourd’hui parfaitement du soir où, alors que je lisais un livre en anglais sous les étoiles, sous un ciel comme il n’en existe que là-bas ou dans le désert, je me suis dit : “Mais tu l’as, la solution ! C’est ça !” C’était sous mes yeux ! J’allais devenir traductrice !
Oui, c’était comme une évidence. J’ai pris conscience que j’adorais l’anglais, que j’étais bonne dans cette langue et que je traduisais automatiquement dans ma tête des phrases en français… Donc, en rentrant, j’ai suivi une formation pour pouvoir me lancer dans l’aventure.
Et la vie étant bien faite, j’ai rencontré une personne qui m’a parlé de documentaires à traduire pour la télévision. C’est comme ça que j’ai commencé.
A l’époque, je traduisais les scripts de documentaires de la BBC, avec une voix off, diffusés sur National Geographic et sur France 5 pour qu’un comédien les enregistre en français.
Cela a été une excellente école, car il fallait que je livre un script qui se lise très facilement à haute voix. Cela m’a donné le sens du détail et le souci constant de rendre les textes le plus fluide possible. C’est essentiel pour moi.
Après quelques années, une amie qui travaillait chez Hachette m’a prévenu que Marabout recherchait des traducteurs. J’ai envoyé mon CV, fait un test et voilà comment tout a commencé pour moi dans l’édition !
📚 Une préférence pour le british !
Bien sûr, il y a une différence entre l’américain, l’anglais et l’australien aussi, mais cela ne me pose pas vraiment de problème car j’ai soit vécu soit beaucoup voyagé dans ces pays.
J’ai quand même une préférence naturelle pour l’anglais bien british !
Oui, c’était Cocooning, mode d’emploi de Stéphanie Tourles, aux éditions Marabout.
Ça remonte ! Et je me souviens qu’à l’époque, il n’y avait pas Internet (je fais vraiment vieux dinosaure en disant ça !). Pour mes traductions, je devais me procurer des livres ou des catalogues spécialisés pour trouver les bons termes – ou contacter un spécialiste de la question (je pense au livre Le tai-chi, source de vitalité et de santé de Robert Parry paru aux éditions Octopus). A la maison, j’avais une documentation incroyable.
Ça me rappelle aussi l’époque où j’habitais à la campagne et je ne captais internet qu’à un endroit précis de mon jardin, le bras tendu en l’air. Comme un camion Internet passait dans le village les week-ends, j’y allais avec ma liste de choses à vérifier sur ce que j’avais traduit dans la semaine. J’y restais tout l’après-midi pour mes recherches !
Tu vois qu’à l’époque, les traductions prenaient beaucoup plus de temps ! Et puis sont arrivés les dictionnaires sous forme de CD-Rom, internet à haut débit n’importe où, les dictionnaires en ligne qui m’ont permis de prendre plus de travail et de commencer à mieux gagner ma vie.
Ce que j’aime le plus, et qui me manquait quand j’étais salariée, c’est d’apprendre, de découvrir de nouvelles choses, de m’enrichir continuellement et de transmettre, sans parler des belles rencontres que j’ai faites !
Le plus difficile dans ce métier, c’est la précarité. Il faut en effet pouvoir gérer et supporter les variations dans l’activité, notamment sur le plan financier. Il y a des moments où les projets arrivent, avec donc pas mal d’argent. Mais cela alterne avec des moments de creux, sans aucune rentrée d’argent car on n’a ni chômage, ni congés payés, ni tickets restau ou vacances… C’est un peu les montagnes russes, en fait !
Même si, depuis quelques années, ça va bien pour moi, car j’ai développé un réseau solide qui me procure régulièrement du travail, je reconnais que j’ai toujours un peu peur du vide !
📚 Les qualités pour être un.e bon.ne traducteur.rice
📙 En premier, c’est d’être bon en français !
Il faut avoir le bon vocabulaire, savoir bien écrire en français. Quand je dis ça, ça étonne, car on pense plutôt qu’il faut être bon.ne en anglais ! Oui, bien sûr, mais le contraire est aussi indispensable pour avoir un résultat impeccable.
📙 Il faut être curieux.se.
Tant que je n’ai pas compris quelque chose ou que quelque chose ne me paraît pas clair, je cherche, je ne lâche pas. Car si je ne comprends pas, le lecteur non plus !
📙 Il faut être être pointilleux.se et très organisé.e pour rendre un travail de qualité dans les temps
📙 Et… aimer ce que l’on fait ! Car on passe des heures et des heures à réfléchir devant son ordinateur !
Ce côté solitaire m’a longtemps convenu. Avant, je travaillais de chez moi, ce qui me permettait de m’occuper de mes deux enfants car je pouvais m’organiser comme je voulais, ce que je considérais comme un privilège.
Puis, mes enfants ont grandi et sont partis et surtout, il y a eu la crise sanitaire et le confinement. J’ai vécu cette période à contre-courant des autres personnes, car j’ai beaucoup souffert de devoir rester cloitrée chez moi. Quand on a pu ressortir, j’ai compris que je ne pouvais plus travailler en tête-à-tête avec moi-même.
Alors, avec une amie illustratrice, on a décidé de tenter l’aventure du coworking. On a finalement trouvé un espace de créatifs, l’Espace Eclair à Toulouse, où travaillent une vingtaine d’indépendant.e.s (graphistes, architectes… mais aussi peintres, céramistes…). C’est très enrichissant et stimulant. J’ai trouvé un super équilibre !
A gauche, sur le bureau de Frédérique, on peut voir la V1 de la traduction sur laquelle elle travaille actuellement, avec les corrections à taper ainsi que le lexique qu’elle a créé spécialement pour l’occasion. A droite, se trouve le texte original.
Il y a plus d’un an et demi, quand tout le monde a commencé à en parler en mode catastrophe, cela m’a inquiétée. J’ai alors échangé avec un de mes “collègues” qui crée des applis et s’y connaît très bien. Il m’a expliqué que l’IA, c’est fait par des scientifiques et que cela touche donc en priorité les métiers techniques, ce qui m’a rassurée.
La plupart des gens avec qui j’en parle (principalement des créatifs) s’en servent plus comme d’un super assistant qui gère pour eux les tâches subalternes. J’ai commencé à l’utiliser pour rédiger mes posts sur les réseaux sociaux. Si les idées sont bonnes, le style ne me correspond pas du tout et je réécris donc tout. Mais ça me fait gagner du temps !
Côté traductions, il m’arrive aussi de m’en servir quand je comprends mal quelque chose ou que je ne suis pas sûre de moi. Dans ce cas-là, c’est pour un petit détail que je souhaite vérifier, mais pour lequel j’ai du mal à trouver de l’information en ligne. Et j’ai la réponse immédiatement, ce qui est cool !
Donc, pour moi, l’IA est comme une nouvelle aide au travail (comme l’ont été, en leur temps, les ordinateurs, les dictionnaires sous forme de CD-Rom et internet) mais je ne la vois pas comme un danger car elle manque de chaleur humaine et d’empathie, deux facteurs essentiels pour mon travail. Il lui manque aussi la capacité d’interpréter, de tenir compte d’un contexte.
Je pense que l’intelligence artificielle va rester au niveau des autres outils de traduction. C’est-à-dire proposer une traduction au mot à mot, phrase par phrase, et où rien ne s’enchaîne bien.
D’ailleurs, les éditeurs l’ont bien compris : de mon côté, je ne vois aucun ralentissement au niveau de mes prestations depuis l’arrivée de IA. Bien au contraire !
La traduction occupe quasiment tout mon temps maintenant même si j’ai aussi écrit beaucoup de livres. Pour le moment, c’est en pause, en attendant peut-être le projet qui me donnera envie de recommencer. Un projet jeunesse, peut-être ?
📚 Les livres écrits par Frédérique
📙 Le cahier grossesse des paresseuses (Marabout, 2011)
📙 Le journal de mes 10 ans (Grund, 2017)
📙 L’adolescence les doigts dans le nez (2 coqs d’or, 2022)
📙 Petit recueil de sagesse zen (Larousse, 2023)
Il m’arrive aussi d’écrire des textes pour des sites de pro ou de mairie. Et en 2021 et 2022, j’ai fait des résidences en collège, financées par le Centre National du Livre – un complément de salaire d’autant plus sympa que j’adore l’échange avec les élèves !
Enfin, je rédige des fiches de lecture pour certaines maisons d’édition : un.e éditeur.rice me confie un livre à lire et je fais un résumé, je lui donne le ton général, je lui explique le thème principal et je lui donne mon avis. J’essaye toujours de trouver des points positifs et des points négatifs. Et je mets une note.
Dans la majorité des cas, je n’ai pas forcément de retour de l’éditeur.rice sur ma fiche de lecture. Mais il est arrivé que je traduise des ouvrages pour lesquels j’avais donné un avis positif comme Ultra-transformés et La sagesse aborigène dont je t’ai déjà parlé. Et je pense aussi à Power Wish et Mon année sans les hommes.
⭐ Power Wish, Keiko (Le lotus et l’éléphant, 2022 – l’édition grand format est parue en 2021).
⭐ Mon année sans les hommes : les plaisirs insoupçonnés du célibat de Catherine Gray (Leduc, 2024)
C’est vrai que le “problème” de la traduction, c’est qu’on se retrouve un peu comme si on était tout le temps en situation d’examen, c’est-à-dire avec l’intensité et la concentration qui vont avec. On se débranche rarement le cerveau.
Mon maximum à moi, dans les périodes intenses, c’est 35 heures par semaine lissées si possible sur 7 jours, sans compter les bricoles à faire à côté : relecture et validation de textes, paperasserie, prospection, auto-promo, etc.
Et il y a des jours où, comme pour tout le monde, c’est génial et j’avance bien, et d’autres jours où dès la première phase, je rame, je sais que ça va être difficile !
Je m’aère la tête en faisant du yoga, de la méditation, du coloriage zen, en allant au ciné ou à des concerts, en voyant des ami.e.s et en lisant principalement des romans étrangers traduits en français. J’aime particulièrement les histoires de famille avec un gros fond de psychologie – ce dont mes enfants se moquent souvent !
📚 Les conseils de lecture de Frédérique
📙 Mes derniers coups de coeur :
🌟 Où vivaient les gens heureux de Joyce Maynard (10/18, 2024).
🌟 La fin de la solitude de Benedict Wells (Le livre de poche, 2018).
🌟 Les voleurs d’innocence de Sarai Walker (Gallmeister, 2024).
📙 Le roman que j’offre le plus : L’envol du moineau d’Amy Belding Brown (10/18, 2019), une belle histoire d’émancipation féminine
📙 Le roman qui m’accompagne depuis toujours et que je relis régulièrement : il y en a tellement à lire que je n’en relis jamais !
📙 Le livre qui m’a le plus marquée quand je l’ai lu : Le prince des marais de Pat Conroy (Pocket, 2005).
📙 Le prochain livre que j’ai envie de lire : Betty de Tiffany McDaniel (Gallmeister, 2022).
📙 Les livres que je savoure lentement : les BD de Riad Sattouf, aux éditions Allary (Les cahiers d’Esther, L’arabe du futur) et aux Livres du futur (Moi Fadi, Le frère caché, Le jeune acteur…).
Quand je traduis un livre, je signe un contrat de traductrice. Je suis payée en deux fois, l’une à la signature du contrat et l’autre quand je rends la traduction et qu’elle est validée. C’est ce qu’on appelle l’à-valoir, une sorte d’avance sur l’argent rapporté par les ventes. Dans certains cas, j’ai aussi droit à un minuscule pourcentage quand le chiffre des ventes dépasse le montant de l’à-valoir, ce qui est rarissime. Sur la bonne centaine de livres, il n’y en a que deux qui me rapportent un tout petit peu de droits d’auteur.
Comme c’est l’à-valoir qui me rémunère, je n’hésite donc pas à le négocier quand il n’est pas assez élevé par rapport au travail qui m’attend.
Dans ce métier, c’est important d’avoir une trésorerie ou d’autres sources de revenus pour tenir.
J’ai longtemps touché des droits d’auteur sur les documentaires dès qu’ils passaient à la télévision. Et certains des livres que j’ai écrits continuent aussi de m’en apporter chaque année, même si ça diminue avec le temps !
Financièrement, le métier de traductrice, c’est une sorte d’équilibre qui reste instable et qu’il faut maintenir sans arrêt.
Quand on débute ce métier, c’est donc très compliqué. Mieux vaut avoir un travail complémentaire.
Moi, j’ai fait le choix de beaucoup me diversifier.
Oui, ça m’est arrivé. Il m’est arrivé une ou deux fois de contacter l’auteur.e via Instagram pour lui demander de m’expliquer une de ses références ou une “private joke” que je ne comprenais pas malgré toutes mes recherches. A chaque fois, les auteur.e.s m’ont répondu très gentiment.
Et pour l’anecdote, j’ai moi aussi été contactée par la traductrice allemande du Cahier de grossesse que j’avais écrit ! Et je lui ai répondu, bien sûr !
Quand je bloque sur quelque chose, je n’insiste pas,
car je sais que le mot ou l’expression justes finiront par
me venir naturellement. Et là, c’est le gros kif !
💌 Si vous souhaitez en savoir plus sur l’univers de Frédérique, consultez son site ici.
Enregistrez cet article sur Pinterest pour le retrouver plus tard. 📌