Jan 27, 2025
Pour la deuxième interview, j’ai choisi d’échanger avec Jennifer Simboiselle, graphiste et maquettiste. J’ai collaboré avec elle pendant plusieurs années quand j’étais éditrice. J’ai beaucoup apprécié son professionnalisme et sa capacité à s’adapter à l’univers des auteur.e.s, mais aussi à répondre à des délais pas toujours simples à respecter pour assurer la parution des ouvrages à temps.
Jennifer exerce un métier qui est un maillon essentiel de la chaîne du livre. Grâce à sa sensibilité, elle retranscrit en images l’univers des auteur.e.s, en créant les couvertures et maquettes intérieures des ouvrages. Dans une société où l’image et les visuels sont primordiaux, son talent graphique est essentiel à la réussite d’un livre.
Rencontre avec cette professionnelle qui nous dévoile sa façon de travailler et la réalité de son quotidien et de ses missions.
Je travaille principalement sur des livres pratiques. Mon rôle est de les mettre en page, de créer leur couverture pour fournir aux maisons d’édition un livre prêt à être imprimé. Parfois, je réalise seulement la couverture, seulement l’intérieur, ou bien les deux, ça dépend des missions.
Pour prendre un exemple concret, il y a quelques mois, les éditions Leduc m’ont contactée pour me parler du livre de Laureen Schein, fondatrice de la marque La Belle Boucle. Elle a écrit un ouvrage pratique sur sa spécialité : le soin des cheveux bouclés. L’éditrice m’a présenté le projet et m’a proposé de réaliser la maquette intérieure.
La première étape est alors de créer un principe de maquette (on parle aussi d’essai compo ou de spécimen). C’est la façon dont les différentes sections du livre (les titres, les paragraphes, les encadrés, etc.) vont être mises en page.
L’éditrice m’a donc fourni un extrait du manuscrit, la couverture provisoire du livre, ainsi qu’un brief pour que je lui fasse des propositions. En l’occurrence, vu que l’auteure a déjà une forte présence en ligne, le brief était tout simplement de retranscrire son univers : moderne, fun, dynamique, floral.
La couverture du livre de Laureen Schein, Décomplexée de la boucle.
Jennifer a adapté la maquette intérieure à l’univers visuel de la couverture (réalisée par une autre prestataire), afin que l’ensemble soit harmonieux et unifié.
📚 La différence entre maquettiste et graphiste
📙 Quand on parle de “graphiste”, c’est un terme qui englobe énormément de métiers différents. C’est donc un mot un peu fourre-tout, mais je l’utilise quand même, car il a le mérite d’être connu du grand public.
📙 Dans le graphisme, on peut trouver des brand designers (spécialisés dans la création d’identité visuelle), des webdesigners (pour l’apparence d’un site Internet), et bien d’autres encore dont des maquettistes. Ces derniers sont spécialisés dans la mise en page de contenus longs (livres, magazines, journaux, brochures…).
Généralement, c’est assez peu directif. Il y a un brief de base, mais c’est plutôt léger, du type “Je veux quelque chose de moderne, dynamique…”
Donc, pour commencer, si l’auteur.e a une présence en ligne, je vais voir ses réseaux pour m’inspirer de son univers. Je regarde aussi ce qui se fait sur le marché, ce qui a fonctionné sur ce thème et ce qui n’a pas fonctionné.
Et je prends le temps de lire l’extrait du manuscrit envoyé par l’éditeur.rice, pour m’imprégner du ton, car je vais partir de ce que je ressens du texte pour le mettre en image.
Mon objectif est de capter ce que l’auteur.e veut dire, qui il ou elle est, comment il ou elle s’exprime, et de le mettre en images. Par images, j’entends des illustrations, des photos de banques d’images, mais aussi des typographies. Les typographies sont importantes et disent quelque chose de l’univers de l’auteur.e. Je prends donc en compte tout ça pour faire des propositions à l’éditeur.rice.
Ensuite, il ou elle a parfois des retours à me faire, et dans ce cas j’ajuste l’essai tout de suite. Sinon, il est envoyé à l’auteur.e pour validation.
La couverture du livre Ma bible des secrets de l’énergie vitale, Lila Rhiyourhi
L’éditeur.rice me fournit le manuscrit complet, qui a été relu, stylé et préparé, et je mets en page l’intégralité du livre, selon le modèle sur lequel on s’est accordé. J’envoie ensuite à l’éditeur.rice un PDF pour relecture, qu’on appelle “les épreuves”. C’est le fichier qui contient l’ensemble du livre mis en page.
L’éditrice regarde le fichier et l’envoie en corrections auprès d’un.e correcteur.rice spécialisé.e ainsi qu’à l’auteur.e pour relecture.
Quelque temps plus tard, je reçois le PDF annoté avec toutes les corrections du ou de la correcteur.rice et de l’auteur.e. J’intègre le tout afin de fournir un nouveau fichier propre, corrigé et presque prêt à être imprimé.
Bien sûr, il y a toujours des petits allers-retours ensuite pour les finitions, mais globalement, le plus gros du travail a été fait.
📚 Le parcours de Jennifer
📙 2014 : licence LEA (Langues Étrangères Appliquées) anglais-japonais
📙 2015 : master 1 Communication
📙 2016 : master 2 Édition. Mon diplôme en poche, je fais un stage dans le secteur pratique aux éditions Leduc .
📙 Septembre 2016 : mon stage se transforme en CDD, et me voilà coordinatrice éditoriale !
📙 Avril 2017 : je trouve un CDI dans une petite maison d’édition (Talent Éditions), dans laquelle j’ai l’occasion de faire d’autres missions que de l’éditorial, comme du graphisme.
📙 Juin 2020 : je me rends compte que je prends beaucoup plus de plaisir à travailler sur le graphisme que le texte, je décide donc de me lancer en tant que graphiste-maquettiste freelance.
Oui, j’ai la chance d’avoir un peu de tout. Sur l’année 2024, j’ai fait environ 60 % de titres en noir et le reste soit en bichromie (utilisation de deux couleurs pour l’intérieur du livre), soit en quadri (utilisation de l’ensemble des couleurs), y compris des coffrets de cartes type oracles et tarots.
La raison pour laquelle il y a plus de noir, c’est que c’est plus rapide à faire, donc j’ai le temps d’en faire plus. Mais en termes de temps passé, par contre, j’ai consacré plus d’heures à des ouvrages en quadri.
Les ouvrages en quadri sont, en général, plus créatifs car il y a plus de libertés, plus de choses à imaginer, mais c’est aussi un travail plus prenant, fatigant et, en fin de compte, moins rentable. J’essaie donc d’équilibrer au maximum la production que je réalise.
En fait, je classe les livres en trois catégories, selon leur niveau de complexité. Je vais te donner des exemples pour que tu puisses mieux comprendre.
Quand je parle de livres simples, je pense par exemple aux essais en noir sans encadrés ni tableaux ni illustrations.
Dans ce cas-là, je peux maquetter les premières épreuves en une demi-journée environ.
Couverture de Dormir comme un sapiens, Merijn van de Laar (Leduc, 2025).
Pour cet ouvrage, Jennifer a réalisé la maquette intérieure. Il s’agit d’un exemple de maquette “simple”, avec un texte en noir sans images ni illustrations (extrait ci-dessous).
Il s’agit des livres où il y a des tableaux et des encadrés à gérer, mais sans images à chercher ou d’illustrations à créer.
Là, ça me prend une journée environ pour le montage des épreuves.
Couverture de 50 activités ludiques autour de la lecture, Léa Hélias (Le Courrier du livre, 2024)
Pour cet ouvrage, Jennifer a réalisé la maquette intérieure. Il s’agit d’un exemple de maquette “intermédiaire”, avec un texte en bichromie et des pictogrammes (extrait ci-dessous).
Les livres plus complexes sont ceux en couleur où il y a beaucoup d’images à chercher, à retoucher ou même à créer.
Là, c’est très variable, ça peut aller de deux jours à… des semaines ! Je me souviens ainsi d’un ouvrage que j’ai mis trois semaines à monter.
Couverture et double-page intérieure de L’Almanach de la santé naturelle, Philippe Chavanne, 2025 (Leduc, 2024)
Pour cet ouvrage, Jennifer a réalisé la maquette intérieure. Il s’agit d’un exemple de maquette “complexe”, avec un texte en quadri, des images et des illustrations (extrait ci-dessous).
J’essaye d’estimer le temps nécessaire une fois que je reçois le manuscrit. Mais parfois, il y a quand même des surprises.
Ça m’est déjà arrivé de monter un livre pour lequel j’avais fait beaucoup de recherches iconographiques et finalement, l’auteur a ensuite complètement changé d’avis. Ou bien il arrive que suite aux remontées de l’équipe commerciale, on change de direction artistique en cours de route pour rendre l’ouvrage plus attractif. Dans ce cas-là, je dois tout refaire. Heureusement, ça reste exceptionnel !
L’autre point à prendre en compte, c’est que je n’ai pas de visibilité sur l’organisation de l’éditeur.rice. Actuellement, par exemple, tous les projets qui devaient rentrer sont en retard. Soit l’auteur.e n’a pas rendu son manuscrit, soit la parution du livre est décalée, soit l’éditeur.ice a pris du retard… Il peut y avoir toutes sortes d’imprévus.
C’est donc parfois difficile de tenir un planning, mais je pense que c’est le cas de n’importe quelle activité en freelance.
Un bon maquettiste est un mélange de rigueur, de créativité et d’une grande capacité d’adaptation.
Alors, il y a une saisonnalité dans mon activité. En juin-juillet, en général, c’est la période la plus calme. Alors que les mois de septembre, octobre et novembre sont très denses.
Les éditeurs.rices prennent des vacances en fin d’année et ils ou elles veulent prendre de l’avance sur les projets. Et il y a aussi le fait que beaucoup de livres paraissent en fin d’année pour les fêtes.
Je connais donc à peu près les périodes creuses et chargées, mais ça ne m’empêche pas de stresser dès que je vois qu’il y a des creux, surtout si ce n’est pas dans la période habituelle. C’est quelque chose que j’apprends encore à gérer, même après cinq ans d’expérience en tant qu’entrepreneuse.
Dans mon métier, même si j’ai des collaborations régulières avec plusieurs maisons d’édition, il faut toujours être proactive et rappeler qu’on est là.
Mon métier, c’est de mettre en images l’univers des auteur.es pour rendre leurs contenus accessibles.
Je pense qu’il faut un bon équilibre entre le côté créatif, force de proposition, imagination, et le côté rigoureux.
Le côté créatif sert à imaginer le principe de maquette et la couverture. Et pour assurer le montage du livre, il faut également être très rigoureux et observateur pour vérifier que tout est cohérent. C’est quelque chose de spécifique aux maquettistes, et pas forcément aux graphistes.
On peut aussi parler du côté organisation, savoir être réactif et rapide pour travailler de façon qualitative, même dans l’urgence.
Et il faut également savoir s’adapter, et ce à plusieurs niveaux:
📙 à ce que veulent les éditeurs.rices,
📙 à l’univers des auteur.e.s, à leur style.
Parfois, je fais des couvertures ou des intérieurs pour des livres dans un style qui ne me correspond pas du tout, mais c’est pas grave, car l’important est que ça serve le message de l’auteur.e et que ça corresponde à son univers.
Les cinq typographies préférées (du moment !) de Jennifer
C’est très rare, mais ça m’est déjà arrivé. Par exemple, si on me propose de travailler sur un livre qui prône des valeurs très différentes des miennes, je décline. Je peux proposer quelque chose qui ne me ressemble pas dans le style, et je suis ouverte à une multitude de sujets, mais il ne faut pas que ça aille à l’encontre de mes valeurs.
En fait, c’est à la fois une envie et une opportunité ! Ça a d’abord été une opportunité, parce qu’avant d’être graphiste-maquettiste, j’ai travaillé du côté éditorial, dans plusieurs maisons d’édition sur le secteur vie pratique. J’ai donc gardé des relations qui m’ont permis de trouver des projets dans ce domaine.
Mais c’est aussi par intérêt personnel parce que ça me stimule plus de monter des livres pratiques plutôt que des romans, par exemple. En effet, je lis des livres pratiques, des essais. Je trouve ça hyper intéressant. Certaines lectures ont pu m’aider, alors je suis contente de travailler sur des livres qui vont apporter quelque chose à d’autres personnes.
📚 Les livres coups de coeur de Jennifer
📙 Un livre que tu offres régulièrement : pour des “créateurs” au sens large, Montrez votre travail d’Austin Kleon (Pyramid, 2018).
📙 Un livre qui t’accompagne depuis toujours et que tu relis régulièrement : toutes les sagas de mon enfance (À la croisée des mondes, Harry Potter…). J’aime les relire de temps en temps, car ce sont devenus des sortes de cocons nostalgiques dans lesquels je me sens bien.
📙 Un livre qui t’a marquée : Une éducation de Tara Westover (Lattès, 2019). Un récit autobiographique incroyablement fort sur le rôle de l’éducation.
📙 Le prochain livre que tu as envie de lire : Plein ! Par exemple, en développement personnel, j’aimerais lire L’apprentissage de l’imperfection de Tal Ben-Shahar (Pocket, 2011).
Ça dépend vraiment des maisons d’édition. Globalement, les différentes étapes restent à peu près les mêmes partout, mais je n’ai pas toujours la même liberté dans la création. Pour certaines maisons, j’utilise les polices que je veux, les images que je souhaite, je n’ai pas vraiment de limites. Mais d’autres ont des chartes strictes, plus contraignantes, et je dois les respecter.
On en revient aux capacités d’adaptation dont je parlais tout à l’heure. Il faut savoir s’adapter aux demandes et aux contraintes.
📚 Le matériel utilisé par Jennifer
📙 Les outils : un MacBook Pro, un second écran (pratique quand il y a beaucoup de fichiers à gérer en même temps), un iPad.
📙 Les logiciels : la suite Adobe (et particulièrement InDesign, Illustrator et Photoshop) et Procreate (pour créer des illustrations)
Oui, mon métier a évolué sur plusieurs aspects. Déjà, les outils et logiciels que j’utilise sont de plus en plus performants. Donc, ça permet de gagner du temps.
Et les demandes des maisons d’édition ont évolué également. Il y a ainsi beaucoup moins de collections qu’avant. Sur l’année dernière, j’ai dû avoir 10 % de collections. Je réalise beaucoup plus de hors-collection (c’est-à-dire qu’il y faut créer un principe de maquette, et non suivre un modèle existant), c’est donc un travail un peu différent qui prend plus de temps.
J’ai constaté également une restriction des budgets alloués à la réalisation des ouvrages, en lien notamment avec la crise et les incertitudes de la période qu’on traverse.
Et bien sûr, l’arrivée de l’IA a également fait évoluer mon métier.
Chaque typographie, chaque couleur raconte une histoire et contribue à l’identité visuelle d’un livre.
Pour moi, il y a un côté très positif et un côté très négatif dans l’IA.
Le côté positif, c’est l’énorme gain de temps qu’elle permet. Par exemple, si je veux recadrer une image et qu’il manque un peu de matière pour remplir la page, je demande à l’IA de générer ce dont j’ai besoin. Elle le fait en deux secondes, là où ça me prenait beaucoup plus de temps à faire manuellement.
L’IA me permet également, notamment sur les oracles et tarots que je monte, d’ajouter rapidement des fonds perdus sur les cartes. L’IA va juste reprendre le style de l’illustration en question pour créer ce qui manque.
Donc, ça, c’est le très bon côté qui me fait gagner énormément de temps.
Le côté plus négatif, c’est que quand je recherche des images sur les banques d’images, je retrouve beaucoup de visuels créés par l’IA. D’une part, ce n’est pas toujours autorisé par l’éditeur (ça dépend des maisons), et d’autre part, je suis toujours réticente à utiliser ces images, car elles reprennent toutes sortes de visuels qui existent déjà sur Internet.
Donc, potentiellement, ça va copier le travail d’autres illustrateurs.rices ou d’autres créatifs.ves, qui ont créé ces images. Et je ne suis pas OK avec ça. Si une illustratrice a fait un excellent travail, pourquoi est-ce que j’aurais le droit de copier ce qu’elle a fait avec l’IA ?
Je pense donc qu’il est important de faire le tri. Parfois, c’est aussi une demande des auteur.e.s, et ils ou elles envoient des images créées avec une IA. C’est alors à la maison d’édition de se positionner là-dessus. Je constate ce changement depuis un ou deux ans.
📚 Les banques d’images préférées de Jennifer
📙 Pour des photos libres de droits : Pexels, Unsplash, IsoRepublic, StockSnap, Pixabay.
📙 Pour des illustrations libres de droits : Undraw, Drawkit, Freepik.
Non, je ne me sens pas particulièrement menacée, car même si l’IA a fait beaucoup de progrès ces dernières années, ça reste loin de ce que l’humain peut faire en matière de visuels.
Je pense que l’IA ne peut pas remplacer la créativité humaine. Derrière une très belle illustration réalisée par l’IA, il y a d’une part les visuels d’inspiration qui ont été créés par des humains, et également tout le travail de la personne qui a écrit le prompt pour avoir un rendu aussi propre. Donc, il y a une part de créativité qu’il faut avoir à la base.
Et puis, pour tout ce qui est maquette de livre, il y a des règles très spécifiques de l’édition. Je ne vois pas l’IA réussir à faire un truc aussi propre qu’un humain… en tout cas pour le moment ! Je pense qu’il est important de suivre l’évolution des capacités de l’IA car elle est exponentielle.
L’important, ce n’est pas que le livre me plaise personnellement, mais qu’il corresponde à l’univers de l’auteur.e et aux attentes de son public.
C’est un peu comme pour l’intérieur du livre, l’éditeur.rice me contacte et m’envoie le sujet du livre, avec un brief de l’univers qu’il ou elle envisage.
Et c’est exactement le même processus : je fais des recherches sur l’auteur.e s’il ou elle a une présence en ligne, je regarde la concurrence, etc. Et je lis le contenu du texte qu’on m’a envoyé pour m’inspirer.
Souvent, l’éditeur.rice a affiné sa demande dans le brief. Par exemple, il ou elle souhaite une couverture typographique. C’est-à-dire qu’il n’y aura pas d’image, ce sera juste le titre écrit d’une façon claire et impactante.
Ou, au contraire, l’éditeur.rice peut me demander de réaliser une couverture pour un témoignage et il ou elle m’envoie des photos de l’auteur.e pour que je fasse des essais en pleine page. Bien sûr, le titre est important, mais il faut que ce soit le visage de l’auteur.e qui prime sur le reste afin que la couverture soit la plus incarnée possible.
Ça arrive aussi que l’éditeur.rice n’ait pas d’avis. Et dans ce cas-là, je teste beaucoup de pistes pour voir celle qui fonctionne le mieux : je fais un test typographique, un test avec une illustration qui va être mise en avant. C’est à moi de varier pour voir ce qui va résonner le plus avec la demande et l’envie de l’éditeur.rice et de l’auteur.e.
En général, je fais entre trois et six propositions. J’aime bien en faire au moins trois, afin qu’il y ait du choix. C’est un bon point de départ pour échanger avec l’éditeur.rice, qui peut alors m’orienter sur ce qu’il ou elle aime ou pas.
Une sélection de couvertures réalisées par Jennifer :
J’ai la mémoire qui flanche, dir. Annie Cornu-Leyrit (Retz, 2023) / Mes enfants, mes étoiles, Mélanie Gonzalez (Leduc, 2024) / Je vais t’aimer mieux, mon corps, Emilie Drouet (Guy Trédaniel, 2023) / Mon programme anti-allergies, Manon Borderie (Leduc, mars 2025) / Les 50 meilleurs joueurs de l’ASSE, Benjamin Danet (Scotty Eds, 2022) / Comment j’ai viré mon patron, Nicolas De Vicq (Alisio, 2022)
À partir de là, il y a tout un processus, plutôt interne à la maison d’édition. Le ou la responsable éditorial.e échange sur la couverture avec l’éditeur.rice. L’équipe commerciale va aussi donner son avis. Il arrive donc qu’à l’issue de la réunion, je doive faire des ajustements pour accroître le côté marketing de la couverture. Et bien sûr, il y a aussi l’auteur.e qui donne son avis.
L’éditeur.rice me fait un résumé de tous les retours pour que je puisse ajuster la couverture. Donc on part d’une des pistes que j’ai proposées, en puisant parfois dans les autres pistes pour améliorer celle-là. On ajuste à partir d’une piste.
Ce processus prend du temps et il arrive que même quand on a bien calé la couverture, il y ait des changements de dernière minute. Quand ils ou elles voient une couverture en librairie, les lecteurs et lectrices ne se rendent pas forcément compte du travail derrière et des heures passées sur ce visuel. Surtout dans le cas d’une couverture “simple”, c’est-à-dire une couverture typographique avec la photo de l’auteur.e en bandeau. On peut croire que c’est facile, mais il a fallu beaucoup d’échanges et de tests pour arriver à ce résultat final.
Dans l’ensemble, les couvertures, c’est vraiment la partie la plus créative d’un livre et j’adore les réaliser.
Derrière chaque couverture réussie, il y a des heures de recherche, d’ajustements et d’échanges pour trouver l’équilibre parfait.
Le déroulé du projet est assez similaire au livre, si ce n’est qu’il se déroule bien avant la parution, car l’impression et la fabrication d’un coffret prend beaucoup plus de temps.
Pour ce type de projet, on me demande de préparer plusieurs types d’éléments : un petit livret (donc une maquette intérieure et la couverture), des cartes, le coffret en lui-même (ça peut être une boîte cloche, c’est-à-dire en deux parties avec un socle et un couvercle, ou encore une boîte à rabats aimantés par exemple), et les éventuels autres éléments qui constituent le coffret (il y a parfois une cale pour que les cartes soient bien rangées à l’intérieur, ou j’ai déjà eu à designer un petit tapis qui était inclus dedans).
La particularité de ces projets est qu’il y a déjà bien souvent un.e illustrateur.rice qui travaille dessus pour créer les visuels de cartes. Donc l’univers est déjà défini, et mon rôle est de m’en inspirer pour proposer une maquette cohérente et des typographies qui iront avec ce style pour le texte qui est sur les cartes et sur le coffret. Le travail de création est donc un peu moins important que lorsque j’imagine tout un univers pour un livre, mais à la place il y a un plus gros travail technique pour créer tous les fichiers nécessaires à la fabrication du coffret.
Bonne question ! Je prends vraiment l’inspiration partout où elle se trouve, c’est-à-dire autour de moi.
Ça passe par la recherche sur des sites comme Pinterest, Dribbble et Behance, où il y a beaucoup de graphistes qui mettent leur travail en avant. Ça peut aussi être une palette de couleurs représentée dans une scène de série que je trouve réussie. Ça arrive à tout moment. Par exemple, quand je fais mes courses, si je tombe sur un paquet de chips dont j’adore le packaging, je le prends en photo, en sachant que ça me servira peut-être un jour si j’ai envie de faire un design dans ce style-là.
Et je me nourris aussi beaucoup de mes voyages. Parce que c’est l’occasion de voir des choses différentes, ça ouvre le champ et éveille le regard.
Chaque livre est un nouveau défi créatif : capter l’essence de son contenu et la traduire en une mise en page qui lui fait honneur.
💌 Si vous souhaitez en savoir plus sur l’univers de Jennifer, rendez-vous sur son site.
👓 Et en complément, pour en savoir plus sur les étapes de création d’une couverture par l’éditeur.rice, vous pouvez lire ici mon article dédié à la conception des couvertures.
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