Portrait photo de Catherine Delahaye qui sourit

Rencontre avec Catherine Delahaye, ou l’art de photographier les portraits d’auteur.e.s

Jan 20, 2025

Je suis ravie d’échanger aujourd’hui avec Catherine Delahaye, photographe spécialisée en portraits d’auteur.e.s. A l’époque où je travaillais aux éditions Leduc, je faisais appel à ses services pour prendre en photo les auteur.e.s pour illustrer les couvertures des livres que je publiais.

On n’imagine pas que derrière un cliché réussi, ce sont des heures de travail. J’ai donc voulu interviewer Catherine pour en savoir plus sur son métier, ses méthodes de travail et ses rencontres avec les auteur.e.s. Notre échange apporte un éclairage précieux à mon article dédié à la création des couvertures, que vous pouvez retrouver ici .

Focus sur cette belle personne, plus habituée à être derrière l’objectif que dans la lumière !

Catherine Delahaye

Pour commencer, peux-tu m’expliquer en quoi consiste ton métier de photographe ?

Je suis photographe spécialisée dans le portrait. Je travaille principalement pour des maisons d’édition pour lesquelles je réalise des portraits d’auteur.e.s pour illustrer des ouvrages de santé et bien-être, des témoignages, des récits de vie ou des romans.

Mes photos sont utilisées en pleine page de couverture (pour les témoignages notamment), ou en bandeau. Je réalise également des shootings pour illustrer des livres pratiques (yoga, méthodes avec photos techniques, reportages du quotidien d’un.e auteur.e), ainsi que pour les photos utilisées par le service communication de la maison d’édition pour la promotion des auteur.e.s.

Mon activité se diversifie de plus en plus et depuis quelque temps, je réalise des portraits d’auteur.e.s pour des romans de la marque Charleston. Les photos sont alors placées en bandeaux, avec le visage de l’auteur.e en plan serré.

Je dirais que 80 % de mon métier consiste à transmettre l’émotion de la personne que je prends en photo.

📚 Le parcours de Catherine

📙 2001 : J’arrive à Paris depuis ma Touraine natale pour suivre un BTS photographie au Lycée Auguste Renoir.

📙 2003 à 2006 : Je suis retoucheuse au laboratoire professionnel Central Color. Je travaille au service presse avec des photographes de Paris Match, Elle par exemple, et surtout avec les reporters de l’Agence Gamma.

📙 2006 à 2011 : J’intègre l’Agence Gamma et deviens éditrice de photos de presse. Je sélectionne et légende les images de grands reporters. J’ai la chance de travailler au quotidien avec des photographes talentueux comme Richard Schroeder, Noël Quidu, Jean-Luc Luyssen, pour ne citer qu’eux. Ces huit ans de post-production, à voir chaque jour passer de très belles photos, m’ont permis de me faire un œil.

📙 2012 : Je démarre mon activité de photographe. Je me spécialise dans la photo d’enfant, j’ai quelques commandes pour la presse, mais je fais surtout des images d’illustration, que je confie à la banque d’images Getty pour la vente.

📙 2016 : Une amie éditrice qui travaille chez First a besoin de modèles pour un livre, une maman et son bébé. Je pose avec ma petite fille de trois mois et découvre que cet univers me plait. Mon amie me donne ma chance pour un premier livre, puis un autre et ça a commencé comme ça.

Est-ce que tu peux m’en dire plus sur la façon dont se passe un shooting pour une couverture de livre ?

Oui, alors je vais prendre l’exemple d’un des derniers livres pour lesquels j’ai été missionnée. Il s’agit du livre Arrête de souffrir pour réussir de Edgar Grospiron, aux éditions Robert Laffont. 

L’un des derniers shootings réalisés par Catherine pour les besoins de la couverture du livre de Edgar Grospiron, Arrête de souffrir pour réussir ! (Robert Laffont, 2025)

Cet auteur est un ancien sportif de haut niveau médaillé aux JO d’Albertville. Depuis, il est devenu coach expert dans le business et il accompagne les entrepreneurs et entrepreneuses dans leur désir de réussite.

Edgar est venu dans mon studio avec Sophie, son éditrice, et on a pris le temps de discuter tous les trois du contenu du livre.

Cette prise de contact est très importante pour ce type d’ouvrage : j’ai besoin de connaître le regard de l’auteur, l’énergie qu’il transmet et qui va se dégager de lui pendant le shooting afin que ça corresponde au contenu du livre. L’expression de son visage doit être en adéquation avec le titre et ce que raconte le livre, c’est essentiel. 

Edgar est très charismatique. Il dégage une image dynamique, joyeuse, accrocheuse. Le rendu du shooting devait donc être à son image.

Après avoir discuté avec lui et Sophie, on est passé à la prise de vue. En amont, j’avais demandé à l’auteur de venir avec des vêtements différents. Edgar et Sophie voulaient quelque chose de simple dans le rendu de la couverture, alors avec Amélie, la styliste qui travaille avec moi et m’aide dans le choix de la tenue des auteur.e.s, on lui a suggéré de venir avec un tee shirt, une chemise et un autre vêtement pour qu’on puisse choisir sur place la tenue adéquate.

Catherine avec Amélie, la styliste et maquilleuse qui l’accompagne sur les shootings

On a commencé le shooting avec le tee shirt, car c’est un vêtement plus détendu. On a fait beaucoup de photos avec, puis on est passé à la chemise. Et on s’est rendu compte que ça marchait mieux qu’avec le tee shirt, car Edgar la porte de façon décontractée. 

En fait, ce sont des choses qu’on ne peut pas appréhender, donc je demande toujours à l’auteur.e d’apporter plusieurs tenues. Une fois sur place avec le fond et en fonction de l’humeur, de la façon dont l’auteur.e se positionne, on peut donc changer d’avis sur ce qu’on avait calé au départ. 

Dans le cas d’Edgar, on avait dit pas de chemise pour éviter le côté trop business et, au final, il pose très bien avec !

Le vêtement est très important dans un shooting, ça participe du rendu final de la photo, au-delà de l’expression et du physique de l’auteur.e.

Je partage avec toi cet exemple, car je fais beaucoup de shootings de ce type, avec une couverture incarnée, où l’auteur.e a une communauté : la couverture doit être en phase avec la personnalité de l’auteur.e. Quand je réalise un shooting pour une pleine couverture, je sais que les personnes achètent pour l’auteur.e, pour ce qu’il ou elle transmet et représente, et ma photo doit y répondre.

Même si tu anticipes les shootings qui te sont confiés, je comprends que ton métier, c’est aussi d’être dans l’instant présent.

Oui, on prévoit, on anticipe et souvent, l’éditeur.rice nous envoie un projet de couverture et puis parfois, finalement, ça change complètement le jour J ! On se rend compte que la pose imaginée ne fonctionne pas…

Il y a des poses qui vont à certaines personnes et pas à d’autres (la stature des épaules, la façon de sourire, de se tenir sur les jambes…). On a besoin de temps pour arriver à comprendre ce qui convient le mieux.

Une photo d’un coin du studio de Catherine. On peut voir les panneaux utilisés pour les fonds des photos, en fonction du rendu souhaité.

Pour la séance avec Edgar, ça a duré combien de temps ?

Cette séance a duré deux heures et demi environ. Et la photo choisie, ça a été la dernière ! C’est d’ailleurs le cas dans 80 % : c’est la dernière photo qui est la bonne.

En général, pour une séance de cette durée, je prends environ 600 photos. Je shoote beaucoup, surtout quand l’auteur.e est en mouvement, comme c’est le cas d’Edgar. 

On ne dirait pas comme ça, mais il s’avance vers moi quand je prends cette photo. Pour obtenir ce rendu naturel du visage, il fallait qu’il soit en mouvement. Cela demande donc beaucoup d’essais avant d’obtenir la bonne photo.

Après, tout dépend de la personnalité de l’auteur.e. Il se trouve qu’Edgar dégage une grande énergie, il a une forte présence. Ça s’est tout de suite bien passé entre nous.

Comme il est particulièrement à l’aise avec son image et son corps, cela a facilité la prise de vues. 

📚 Les qualités d’un.e photographe

📙 La principale qualité est de réussir à gagner la confiance du modèle rapidement.

📙 En plus de la créativité et de l’adaptation, il faut aimer les gens, être sensible, capter la personnalité des personnes et arriver à ce qu’ils ou elles soient en confiance avec toi.

📙 Qu’ils ou elles se disent, alors qu’on ne se connaissait pas il y a deux heures : “Elle a compris, elle est cool et elle ne va pas faire n’importe quoi avec mon image.”

Quand tu parles avec l’éditeur.rice sur ses besoins, vous définissez déjà la pose de l’auteur.e ou c’est ouvert le jour du shooting ?  

En l’occurrence, dans le cas de ce shooting, rien n’était défini. On était parti sur un plan beaucoup plus large en début de séance. 

Avec certaines maisons d’édition, la plupart du temps, il n’y a pas de projet de couverture défini le jour du shooting. On se laisse porter, on voit ce qui sort dans l’instant présent. 

Mais avec d’autres maisons, a contrario, c’est très cadré en amont. Cela dépend donc des éditeurs, qui travaillent tous de façon différente. 

Et comment tu fais quand l’auteur.e n’est pas à l’aise durant le shooting ?

On discute beaucoup en amont. C’est surtout le cas avec les auteur.e.s de roman, qui n’ont pas l’habitude d’être pris.e.s en photo. Ils ou elles sont souvent déstabilisé.e.s par cet exercice, ce n’est pas facile pour eux ou elles. Certain.e.s n’aiment pas du tout se voir en photo et ont beaucoup d’appréhension.

Je les comprends très bien, un portrait, ça touche à l’image de soi, c’est très intime. Et je dois reconnaître que moi-même, alors que je suis photographe, je n’aimerais pas me donner à cet exercice ! 

On discute donc ensemble et c’est aussi pour ça que j’aime travailler avec Amélie, la styliste. Elle m’aide à les mettre à l’aise, on rigole et on parle d’autre chose pour détendre l’atmosphère. 

Amélie prend le temps de les maquiller légèrement, elle ajuste leurs cheveux, les apprête. 

Toutes les deux, on aime les gens, parler avec eux. On a aussi des capacités d’adaptation pour cerner rapidement la personnalité de l’auteur.e et le ou la mettre à l’aise en fonction de sa sensibilité. 

Et puis, on aime quand il y a une bonne ambiance lors du shooting. C’est un moment sympathique et j’ai envie qu’on passe un bon moment, sans tensions, comme dans la vie, en fait ! C’est pour ça que je fais ce métier.

Sur tous les shootings, je préviens les auteur.e.s que les premières photos, ça sera la cata ! En fait, ça les détend sur l’enjeu. Pendant le premier quart d’heure, ils ou elles prennent donc la pose, ils ou elles n’ont pas besoin de sourire, car ces photos ne seront pas exploitables. C’est surtout pour les mettre à l’aise et peu à peu, ils ou elles se détendent. 

Les clients font appel à tels ou tels photographes en fonction de leur spécialité, leur style. Dans mon cas, ils viennent me chercher quand ils ont besoin d’un rendu naturel, vivant, serein, joyeux.

On essaie plein de poses différentes, sur une chaise, debout les bras croisés, les mains dans les poches… On essaie aussi avec plusieurs tenues différentes. Et à un moment donné, je vois la pause qui va marcher pour la personne. Je le sais, ça a un côté instinctif. 

Alors on shoote ! Et souvent, comme je te l’ai dit, c’est la dernière photo qui est la bonne.

Dans le cas des romans, la photo se trouve généralement sur le bandeau du livre, ou alors elle est utilisée pour la communication sur l’auteur.e.

Dans le cas d’un shooting avec plusieurs photos à l’intérieur du livre, est-ce que la prise de vue est beaucoup plus longue ?

Oui, là il s’agit plus d’un reportage. L’exercice n’est alors pas le même pour moi. 

Dernièrement, j’ai ainsi réalisé une dizaine de photos pour le livre de Cynthia Ka, Mes rituels naturo, paru chez Leduc. Il nous a fallu une journée de shooting pour produire ces dix photos. Le shooting avait lieu en intérieur, dans une ambiance cosy, cocoon. 

Dans ce cas-là, il y a une feuille de route, il faut que tout soit calé en amont pour ne pas perdre de temps le jour J. 

On choisit un spot par photo. L’ambiance, le décor sont très importants, moins le mouvement. C’est donc très différent que dans le cas d’une couverture comme celle d’Edgar Grospiron. Dans son cas, on ne voit que lui, donc son regard doit être parfait.

Dans le cas du livre de Cynthia Ka, je prends beaucoup en compte le décor : l’attention et le focus ne sont pas les mêmes. Il ne s’agit plus de photos d’ambiance.

Couverture du livre de Cynthia Ka, Mes rituels naturo pour une vie 100 % naturo (Leduc, 2024), avec la photo issue du shooting de Catherine

Photos prises par Catherine pour l’intérieur du livre de Cynthia Ka 

Concernant les retouches, tu en fais beaucoup ?

Je retouche, oui, c’est mon premier métier, mais surtout il ne faut pas que ça se voit, j’aime les rendus naturels. Il est assez rare qu’on me demande plus de retouches que ce que je propose, mais c’est déjà arrivé, et dans ce cas bien sûr, je réponds à la demande.

Dans un précédent article, j’ai raconté qu’un auteur avait refusé toutes les photos. J’imagine que ce cas, heureusement, reste très rare ?

En général, on le sent pendant le shooting quand ça ne prend pas avec l’auteur.e.

Ça m’est notamment arrivé avec un auteur qui passe régulièrement à la télévision. Il attendait un rendu plus “paillettes” que ce que je propose, car il est habitué à être très maquillé, comme on l’est sur les plateaux de télévision. Ça n’a donc pas collé et il y a eu un second shooting avec un autre photographe. 

Les maisons d’édition qui font appel à mes services savent que je propose un rendu plutôt naturel, c’est ce pour quoi je suis faite. Donc en général, les auteur.e.s sont ok avec la façon dont je shoote.

Et je me souviens bien du cas dont tu parles. Par contre, on ne l’avait pas senti lors du shooting, car  l’auteur semblait satisfait. C’est au moment de la sélection des photos, qu’il n’en a validé aucune.

Heureusement, ce type de cas est très rare ! 

📚 Le matériel utilisé par Catherine

📙 J’utilise un Canon R5, avec des objectifs fixes. 

📙 Pour les portraits, c’est soit 50 mm soit 85 mm.

Comment se passe la sélection des photos après le shooting ?

A l’issue du shooting, je sais ce qui m’a paru bien. Je l’ai ressenti lors de la prise de vue, donc je sélectionne à chaud trois ou quatre photos.

Puis je les envoie à la maison d’édition et à l’auteur.e en leur précisant que c’est ma recommandation.

Je leur en montre d’autres également : environ une cinquantaine, sous forme de planche contact, pour laisser le choix. Dans la majorité des cas, ils suivent mes recommandations. 

Tu es plutôt lumière naturelle ou spot ?

J’aime les choses naturelles, donc j’utilise majoritairement la lumière du jour, j’ai la chance que mon studio soit baigné de lumière naturelle.

Bien sûr, les mois d’hiver, entre novembre et janvier, c’est plus compliqué alors si besoin, j’utilise la lumière artificielle. 

Mais en général, pendant ces mois plus sombres, je démarre avec la lumière artificielle pour assurer, puis je passe quand même à la lumière naturelle, et souvent ça marche. 

Je considère mon activité de photographe comme un métier d’artisanat. Mes client.e.s me commandent des photographies, elles doivent répondre à un cahier des charges précis.

Pour les couvertures, tu réalises toujours les shootings dans ton studio ?

Il m’arrive de me déplacer, en fonction des besoins des maisons d’édition. 

Parfois, on décide que pour la photo de couverture, on veut que ce soit hors du studio, avec un petit décor pour avoir un rendu plus chaleureux. En voyant la photo on comprend alors qu’on est dans un appartement, dans un cabinet, dans une bibliothèque… Mais je shoote avec une petite profondeur de champ, seul l’auteur est net, il se détache du fond qui est juste un décor, une ambiance.

Pour donner un exemple, j’ai fait ce type de prise de vue pour le dernier livre de Caroline Goldman, paru aux éditions Flammarion, Guide des parents d’aujourd’hui. On devine le décor derrière elle, le rendu est chaleureux, incarné. On a pu discuter ensemble avant le shooting, elle m’a fait confiance et a accepté de faire la séance chez elle.

Le livre de Caroline Goldman, Guide des parents d’aujourd’hui (Flammarion – France Inter 2024), avec la photo placée en bandeau prise par Catherine. A droite, le portrait de l’auteure pris par Catherine, qui sert de support à la promotion de ses ouvrages.

Ca t’est déjà arrivé d’avoir un problème technique pendant un shooting ? Et comment tu gères le stress ?

Oui, ça m’est arrivé que mon appareil photo ne déclenche pas ! Dans ce cas-là, il faut savoir rester zen. 

Je me souviens que c’était lors de la prise de vue de Alexandre Dana, pour le bandeau de son  livre, La méthode Livementor, chez Leduc. D’un coup, mon objectif n’a plus fonctionné. J’avais sur moi d’autres objectifs, mais ils n’étaient pas adaptés au rendu que je souhaitais. 

J’ai alors appelé mon compagnon qui est photographe. Heureusement, il n’était pas loin des locaux des éditions Leduc où avait lieu le shooting, et il a pu m’apporter rapidement un autre objectif. L’auteur a été compréhensif et on a pris un café en attendant. 

Je pense aussi au shooting d’Edgar Grospiron. A un moment donné, je me rends compte que je shoote beaucoup et que j’ai oublié ma petite sacoche avec mes autres cartes mémoires. J’ai peur de ne pas pouvoir finir la séance.

J’appelle donc la personne avec laquelle je partage mon studio, qui me dit de chercher dans un recoin du studio. Malheureusement, je ne trouve aucune carte. Finalement, heureusement, j’ai retrouvé au fond de mon sac une vieille carte oubliée… Finalement, je n’en ai même pas eu besoin et personne n’a rien vu !

Pourquoi aimes-tu particulièrement travailler dans le milieu de l’édition ?

Je trouve le milieu de l’édition très sympathique. L’ambiance est bonne et j’ai toujours eu de très bons rapports avec les professionnel.le.s qui font appel à mes services. 

La partie photo est le moment agréable de la conception d’un livre. En général, quand le moment du shooting arrive, c’est que la création du livre est bien entamée. C’est l’occasion, pour l’éditeur.rice, de passer un moment avec son auteur.e. Il y a déjà eu beaucoup d’allers-retours pour se mettre d’accord et ce moment est créatif, plutôt joyeux.

La plupart du temps également, le titre du livre est définitif. J’aime bien quand c’est le cas, surtout quand il s’agit d’un livre incarné comme c’est le cas des témoignages. Le titre donne l’impulsion pour le shooting que je vais réaliser. 

Ca t’est déjà arrivé de faire un shooting pour un livre qui n’avait pas encore de titre ?

Oui, ça m’est arrivé. Dans ce cas, j’ai quand même la ligne directrice. Mais bien sûr, c’est beaucoup plus facile avec le vrai titre.

En te parlant, je pense au très beau titre du livre de Maxime Musqua, Je n’aurai plus besoin d’alcool pour danser, paru chez Robert Laffont. Ce titre est fort et on s’est demandé ce qu’on allait faire pour le shooting de l’auteur : est-ce qu’on fait quelque chose de joyeux ? De plus grave ?

La couverture du livre de Maxime Musqua, Je n’aurai plus besoin d’alcool pour danser (Robert Laffont, 2025) avec la photo en bandeau haut prise par Catherine

Il faut trouver le bon regard qui va coller avec ce titre impactant. A chaque fois, j’adore réaliser ce type de shooting, car c’est une rencontre, je rencontre beaucoup de personnes différentes, avec chacune son histoire.

En quoi un shooting pour un.e auteur.e de roman, c’est différent d’un shooting avec un.e auteur.e qui témoigne dans son livre ?

Quand on fait un livre qui parle de sa vie, que ce soit un témoignage ou un livre qui transmet une pratique, il y a plus de “soi-même” sur la photo.

Dans le cas d’un.e auteur.e de roman, c’est très différent. L’auteur.e ne parle pas de sa vie. Son livre est un ouvrage de fiction.  

Sa photo doit être belle, avenante, donner envie, l’expression de la personne doit être détendue, joyeuse. Mais il n’y a pas besoin d’avoir une histoire derrière tout ça.

C’est donc différent d’un témoignage où quand je vois l’auteur.e, je dois ressentir une émotion en lien avec le titre de son livre.

Et quand je fais des shootings pour l’intérieur de livres bien-être, une méthode de sport, par exemple, c’est encore autre chose. 

Le travail est alors plus technique, il y a un quota de photos à réaliser. La photo doit être bien faite techniquement pour qu’on voie d’emblée le mouvement à reproduire. Je dois trouver le bon angle, la bonne position. 

Il ne s’agit pas du tout du même travail, même si au final, il s’agit également d’une photo. On est moins dans le ressenti comme ça peut être le cas d’un livre de témoignage où la sensibilité de l’auteur.e affleure d’emblée. 

Je n’avais pas conscience de toutes ces nuances, merci pour ce partage ! Et est-ce que tu fais des shootings avec plusieurs auteur.e.s ?

Je n’en fais pas souvent. Le dernier que j’ai fait, c’est pour les éditions First, il s’agit du livre de  Julian Bugier et Valérie Heurtel, 100 idées pour dépenser moins et vivre mieux. Ils sont venus tous les deux au studio. Au final, on a pris deux photos où ils sont séparés, qu’on a détourées. 

Il n’y avait pas de photo où ils sont ensemble qui convenait. En fait, c’est plus simple quand il s’agit d’un couple. Par exemple, quand j’ai fait le shooting de Lucile et Jérôme, pour leur livre Les recettes de Lucile et Jérôme aux éditions Leduc, comme ils sont en couple, cela a été plus facile de trouver des poses. 

J’ai fait un reportage-photos sur leur vie de tous les jours : on les voit en train de cuisiner, dans leurs champs, dans leur vie de tous les jours. J’adore faire ce type de shooting, c’est très créatif. Ce sont des moments pris sur le vif.

Couverture du livre de Jérôme et Lucile, Les recettes de Jérôme et Lucile (Leduc, 2022). Catherine a pris la photo des auteurs, ainsi que les deux premières en haut à gauche.

C’était aussi le cas pour le livre de Cléopâtre Darleux, Vivre selon ses valeurs comme Cléopâtre Darleux, aux éditions Leduc également. Je l’ai suivie une journée, sur un terrain de hand, au bord de plage avec sa fille… 

Ce type de shooting, c’est un autre défi que les prises de vue dans mon studio. Il y a une dimension différente à prendre en compte : je me trouve dans un endroit que je ne connais pas, que je n’ai pas pu repérer, je suis tributaire de la météo et je dois réussir à faire quelque chose de joli, que ce soit dans une maison, dans la rue, dans un champ… 

J’aime ça, car c’est une autre organisation et des choses imprévues peuvent survenir. Il faut savoir saisir l’instant et faire avec ce qu’on a.

La photo de couverture pleine page du livre de Cléopatre Darleux, Vivre selon ses valeurs comme Cléopatre Darleux (Leduc, 2022), et des visuels de l’intérieur

A présent, j’aimerais que tu partages ton ressenti sur l’intelligence artificielle : tu te sens menacée par son déploiement ?

Pour mon activité dans le milieu de l’édition, je ne me sens pas menacée par l’intelligence artificielle. Les auteurs que je photographie sont bien réels !

En revanche, pour mon travail en banque d’images, ce qu’on appelle “photos d’illustration”, là c’est plus discutable. J’ai vu passer des images vraiment pas mal, il me semble que les émotions et le naturel ne ressortent pas encore tout à fait parfaitement, ça arrivera sûrement.

Mais lors d’une formation avec mon agence Getty qui est spécialisée dans ce domaine, il est ressorti que les clients d’aujourd’hui, en tous cas ceux qui ont le budget pour de vraies campagnes, sont à la recherche de naturel et ne souhaitent pas utiliser des images virtuelles. Ils veulent des “vrais” trucs, pas des modèles parfaits, standards de beauté comme avant. Ils recherchent des modèles de la vraie vie, avec leurs imperfections, leur normalité. 

Affaire à suivre !

Je n’ai pas choisi de me former à l’intelligence artificielle. Par contre, pour la retouche j’utilise Photoshop, il y a un outil à base d’intelligence artificielle qui marche très bien.

Par exemple, si j’ai cadré ma photo trop serrée et que je dois refaire un bout d’épaule, l’outil est bien utile.

En fait, je l’utilise pour gagner du temps et sur ce que j’aurais pu faire moi-même. Le rendu serait à peu près le même si j’avais fait la retouche. 

Je l’utilise également si je veux supprimer le fil d’une lampe ou d’un ordinateur sur un bureau, pour une meilleure lecture et lisibilité de la photo. 

Tu as noué des relations de confiance avec plusieurs maisons d’édition. Est-ce que ça te permet d’avoir des missions en continu ?

Ca va, car j’ai pas mal de client.e.s, mais ça reste un métier précaire, c’est sûr. Et en parallèle à mes prestations dans l’édition, je continue à faire des prises de vue pour la banque d’images Getty. A ce jour, je lui ai fourni environ 5 000 photos. Pour chaque achat d’une de mes images, je touche un pourcentage. Cela me dégage un fixe assez régulier chaque mois.

Une sélection parmi les photos prises par Catherine pour la banque d’images Getty Images

Il y a deux-trois ans, cela a baissé avec l’arrivée des forfaits que proposent les banques d’image, mais depuis, je fais plus de missions dans l’édition, donc ça s’équilibre. 

Quand on est photographe indépendante, il faut garder les pieds sur terre, car comme tout artisan, on a beaucoup de charges et il faut savoir gérer ses comptes.

Chaque année, je sais que les mois de janvier et février sont très calmes, il y a peu de demandes, c’est la période creuse. Je stresse toujours un peu, mais je sais que la demande redémarre en général vers le mois de mars alors je profite de cette période pour démarcher et faire ma compta.

Aussi, certaines de mes photos prises pour un livre peuvent être rachetées pour être utilisées pour un autre livre. Dans ce cas, je touche des droits d’auteur supplémentaires.

Récemment, une photo d’Estelle Denis prise lors d’une séance pour son livre Ado le décodeur chez Leduc, a été utilisée par Point P dans le cadre d’un partenariat. J’ai donc touché un revenu à ce titre. Ce sont des revenus complémentaires qui aident beaucoup. 

Pour finir, peux-tu partager la photo que tu aimes beaucoup parmi les nombreux clichés que tu as pris ? 

Une photo que j’aime beaucoup, c’est celle de Karine Dijoud prise pour son livre Miscellanées, l’élégance de la langue française. L’auteur et l’éditeur souhaitaient que cet ouvrage soit incarné, ce qui est peu fréquent aux Éditions Le Robert. Cet exercice m’a paru difficile, mais le résultat me semble réussi, c’est un très bel ouvrage.

Photos prises par Catherine pour le livre de Karine Dijoud, Miscellanées (Le Robert, 2024)

💌​ Si vous souhaitez en savoir plus sur l’univers de Catherine, rendez-vous sur son site.

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