Déc 9, 2024
Beaucoup de personnes pensent que publier un livre quand on est éditeur.rice, ça revient à recevoir un manuscrit, à le relire puis à le mettre en pages pour, enfin, le publier et le diffuser au plus grand nombre. En fait, il existe de nombreuses étapes intermédiaires dans la publication d’un livre. Elles sont importantes pour assurer la qualité du livre et son positionnement le plus adapté au public visé. Et elles mobilisent de nombreux.ses professionnel.le.s en interne.
Pour que ce soit le plus clair possible, je structure ici les étapes successives de la vie d’un livre, du manuscrit accepté par l’éditeur.rice jusqu’à sa parution en librairie. Ces étapes et les personnes qui s’en chargent varient en fonction de la taille de la maison et des process internes mis en place.
L’éditeur.rice reçoit le manuscrit et prend le temps de le lire. S’il lui plaît, il ou elle évalue le contenu pour vérifier qu’il est en phase avec son catalogue de parutions. Il ou elle identifie les points forts du manuscrit, ainsi que les aménagements à prévoir pour le rendre publiable.
L’éditeur.rice contacte ensuite l’auteur.e pour lui faire part de son intérêt pour son texte et cale un rendez-vous afin d’échanger ensemble sur le contenu. Si le projet lui a été envoyé par un.e conseiller.ère éditorial.e, il ou elle fait un retour à ce.tte professionel.le, qui participera également au rendez-vous calé avec l’auteur.e.
Il s’agit de l’étape incontournable du processus de publication d’un livre et ce rendez-vous est très important tant pour l’auteur.e que pour l’éditeur.rice.
Pour l’auteur.e, c’est l’occasion de faire connaissance avec l’éditeur.rice et de lui poser toutes ses questions : la collection qui accueillera son ouvrage, le fonctionnement de la maison d’édition, les étapes du processus éditorial jusqu’à la parution du livre, les conditions contractuelles, les échéances à respecter, la commercialisation et la communication sur le livre…
Il est donc primordial de bien préparer ce rendez-vous en amont et de lister toutes les questions à poser. Ce premier rendez-vous est avant tout une rencontre qui permet aussi de voir si le courant passe avec l’éditeur.e. Publier un livre dans une maison d’édition est une question de ressenti, de “feeling”. Il est important que l’auteur.e se sente à l’aise dans l’échange.
Côté éditeur.rice, ce rendez-vous lui permet de confirmer ou pas son intérêt pour le manuscrit. Il ou elle présente à l’auteur.e la maison d’édition et son catalogue, lui fait un retour critique sur le texte et propose des aménagements pour l’adapter au mieux au lectorat. Editeur.e et auteur.e parlent également, entre autres, du rétroplanning avec les principales échéances à tenir en vue de la parution du livre, du format du livre, de la couverture, du titre, du prix du livre, de l’estimation du premier tirage.
Lors de ce rendez-vous, l’éditeur.rice fait une proposition contractuelle à l’auteur.e ou, si l’ouvrage n’entre pas dans l’enveloppe habituelle allouée aux projets éditoriaux, lui précise qu’il ou elle va lui faire ultérieurement une proposition adaptée aux spécificités du projet.
A l’issue du rendez-vous, l’éditeur.rice réalise ce qu’on appelle une “proposition de publication”, document à usage exclusivement interne dont le nom varie selon les maisons. Il s’agit d’un document synthétique qui détaille les caractéristiques principales du projet : conditions contractuelles, spécificités techniques, date de parution estimée, résumé du contenu, points forts, concurrence…
L’éditeur.rice prend le temps de “marketer” cette présentation pour qu’elle soit impactante et suscite l’adhésion du directeur.rice d’édition à qui il ou elle va l’envoyer.
🌼 Si vous avez lu mon précédent article dédié à la présentation d’un synopsis pour envoi aux maisons d’édition, vous pouvez voir que les informations renseignées sont assez proches : comment présenter votre manuscrit à une maison d’édition ?
Tout au long de l’année, ont lieu des comités éditoriaux au sein des maisons d’édition. C’est l’occasion pour les éditeurs.rices de présenter à la direction (éditoriale) les projets qu’ils ou elles ont sélectionnés, en vue d’une validation et de la concrétisation des projets proposés.
A l’issue de ce comité, trois cas de figures sont possibles :
📙 Le projet est accepté et l’éditeur.rice va pouvoir enclencher les prochaines étapes.
📙 Le comité éditorial a besoin d’éléments complémentaires pour se rassurer sur la viabilité du projet présenté. L’éditeur.rice revoit sa “copie”, c’est-à-dire qu’il ou elle représentera son projet au prochain comité, agrémenté de nouveaux éléments.
📙 Le projet est refusé. Les raisons peuvent être multiples : ouvrage pas adapté au catalogue, sujet trop niche ou, au contraire, sujet déjà trop présent en librairie…
📚 On récapitule !
Une fois le projet accepté en comité éditorial, arrive l’étape tant attendue par tout.e auteur.e de la contractualisation du projet ! L’éditeur.e prévient l’auteur.e de la bonne nouvelle et lui fait une proposition contractuelle par mail, adaptée au projet, à son profil et au potentiel de ventes du livre en fonction du marché. Il ou elle lui confirme également le mois de parution estimé ainsi que la date de remise de manuscrit qui permet d’assurer cette date.
Là encore, il y a trois possibilités :
📙 L’auteur.e accepte la proposition contractuelle faite par mail.
📙 L’auteur.e négocie les conditions proposées par l’éditeur.rice.
📙 L’auteur.e refuse la proposition contractuelle, ce qui met fin à leurs échanges.
Une fois que l’auteur.e et l’éditeur.e se sont mis d’accord sur les conditions financières et la date de remise du manuscrit, l’éditeur.rice fait une demande d’émission de contrat au service juridique en lui détaillant les conditions acceptées par l’auteur.e. En fonction de la taille de la maison d’édition, c’est parfois l’éditeur.rice qui émet directement le contrat.
Le contrat est alors envoyé à l’auteur.e pour relecture, validation et signature. Et à nouveau, trois cas de figure sont possibles :
📙 L’auteur.e signe le contrat après relecture attentive de l’ensemble des clauses.
📙 L’auteur.e négocie certaines clauses du contrat avec l’éditeur.rice.
📙 L’auteur.e refuse finalement de signer le contrat, ce qui met fin à l’échange. A ce stade, c’est plutôt rare, mais cela peut arriver (notamment si, entre temps, l’auteur.e a reçu une proposition plus alléchante de la part d’une autre maison d’édition !).
Une fois le contrat d’auteur.e signé et la date de parution calée, l’éditeur.rice confie le manuscrit à ce qu’on appelle “un.e préparateur.rice de copie”. Selon les maisons, il arrive que ce soit l’éditeur.rice qui s’en occupe ou l’assistant.e éditorial.e qui travaille avec lui ou elle.
Cette personne en charge de la préparation du manuscrit a pour mission de relire attentivement l’ensemble du manuscrit sous word pour corriger les coquilles, traquer les incohérences, les passages abscons ou pas assez vulgarisés pour le lectorat visé, redondants… En fonction des directives données par l’éditeur.rice, son intervention sera plus ou moins approfondie : réécriture, restructuration, proposition de développements supplémentaires, d’ajouts de rubriques…
Certains textes sont très “propres” et nécessitent seulement une relecture ortho-typo classique et simple. D’autres manuscrits, en revanche, nécessitent un plus gros travail, par exemple une restructuration du contenu, ou bien une réécriture conséquente, etc. A chaque texte sa singularité et c’est ce qui rend si unique et merveilleux ce métier. Aucun livre n’a le même besoin et l’on n’a jamais l’impression de faire la même chose, car les niveaux d’intervention sont différents.
Le préparateur ou la préparatrice de copie prend également le temps de “styler” le texte. C’est-à-dire qu’il ou elle applique des feuilles de style à chaque élément du texte (niveaux de titres, texte, rubriques…). Lors du passage à la maquette du livre, en fonction des styles appliqués, le texte prendra ainsi la mise en forme prédéfinie.
Une fois le manuscrit corrigé, préparé et stylé, l’auteur.e le reçoit au format word pour relecture et validation. Toutes les modifications du préparateur ou de la préparatrice de copie sont apparentes : il ou elle les accepte, ou les refuse. Le préparateur ou la préparatrice prendra ensuite en compte ses retours afin de finaliser le manuscrit pour qu’il soit “propre” et bon à être maquetté, sans plus aucune marque de révision. C’est le moment du retour du fichier chez l’éditeur.rice !
Cette étape de travail sur le texte est cruciale pour la qualité du contenu. Et quand on me demande l’intérêt de passer par une maison d’édition pour la publication d’un manuscrit, je cite souvent cette étape de relecture et de corrections sous word par un.e professionnel.le. Dans le cas de l’auto-édition, cette étape n’existe pas et elle est pourtant essentielle pour bien adapter le texte au lectorat et proposer un contenu fluide, clair et attractif.
Une fois préparé, le manuscrit est prêt à être mis en page, c’est-à-dire maquetté pour avoir la forme que les lecteurs et lectrices verront en librairie. L’éditeur.rice confie à un.e maquettiste le soin de monter le texte.
Le manuscrit ayant été balisé sous word en amont avec des feuilles de style prédéfinies, les différents styles de maquette sont appliqués automatiquement lors de la mise en page du texte. Le montage d’un livre prend un temps variable : un texte en noir est plus rapide à mettre en page q’un livre illustré avec une iconographie conséquente.
Si le manuscrit vient étoffer une collection, alors le ou la maquettiste applique la charte de collection. L’univers graphique est déjà calé.
Par contre, si c’est un ouvrage “hors collection”, c’est-à-dire qui n’entre pas dans une collection préexistante, alors l’éditeur.rice aura pris soin, en amont, de travailler avec le.la maquettiste à ce qu’on appelle un “spécimen de composition” ou “essai compo”. Il s’agit de quelques pages représentatives du contenu maquetté au format du livre.
Une fois le livre mis en page au format, le ou la maquettiste génère un fichier pdf pour relecture et validation, et l’envoie à l’éditeur.rice. On appelle ce fichier des “épreuves”.
L’éditeur.rice balaie l’ensemble des épreuves pour vérifier qu’il n’y a pas eu de bugs lors du montage, ni d’oubli de texte. Il ou elle envoie ces premières épreuves à l’auteur.e pour relecture, avec des indications pour lui expliquer la marche à suivre afin d’annoter le fichier avec ses éventuelles modifications.
En parallèle, il ou elle envoie également un jeu d’épreuves à une relecteur.rice spécialisé.e en ortho-typo afin que le texte soit relu à nouveau par un.e professionnel.le. A ce stade, le texte est a priori propre et les corrections sont, en général, minimes.
Une fois ces deux relectures effectuées, l’éditeur.rice compile sur un jeu unique les corrections de l’auteur.e et celles du ou de la relectrice. C’est ce jeu compilé qu’il ou elle enverra à nouveau au ou à la maquettiste pour intégration des corrections.
Un nouveau jeu revient, intitulé “EP2” (c’est-à-dire “deuxième jeu d’épreuves”). L’éditeur.e vérifie la bonne intégration des corrections. Au besoin, d’autres allers-retours successifs seront nécessaires pour aboutir à un jeu prêt à partir en impression.
On parle de “BAT”, c’est-à-dire de “Bon à tirer”, quand l’auteur.e donne son feu vert sur les épreuves finalisées. Sans ce “BAT”envoyé en bonne et due forme, l’éditeur.rice ne pourra pas envoyer le texte en impression.
📚 On récapitule !
La réalisation de la couverture est une étape cruciale de la vie du livre avant sa parution en librairie. Lors de leur premier rendez-vous, l’auteur.e et l’éditeur.rice ont échangé sur la couverture du livre et ont évoqué ensemble les pistes graphiques possibles : couverture typographique, avec une illustration, avec une photo…
L’éditeur.rice lance la composition de la couverture le plus tôt possible, car c’est l’un des éléments les plus importants en vue de la commercialisation du livre. Il ou elle en a notamment besoin pour présenter le livre à l’équipe commerciale et il faut savoir que la couverture du livre sera mise en ligne sur les sites de vente en ligne plusieurs semaines avant la parution du livre en librairie. Elle doit donc être finalisée très en amont.
L’éditeur.rice la réalise en deux fois :
📙 Il ou elle s’attelle à ce qu’on appelle “la première de couverture”, c’est-à-dire le recto du livre, ce qu’on voit en librairie lorsque les livres sont posés sur table. La réalisation de cette première de couverture prend du temps, car il faut caler avec l’auteur.e l’univers graphique, le titre, l’accroche… L’éditeur.rice est garant.e du respect des codes du genre du livre et doit s’assurer que le rendu final est parfaitement adapté au lectorat visé et comblera ses attentes. La première de couverture fait parfois l’objet de discussions nourries en interne, afin qu’elle soit le plus impactante possible.
📙 L’éditeur.rice fait ensuite une proposition de texte pour ce qu’on “appelle “la quatrième de couverture”, c’est-à-dire le verso du livre, qui doit être accrocheuse et bien adaptée au public visé. Tout comme le visuel de première de couverture, c’est un élément décisif dans l’acte d’achat. La concurrence est rude en librairie, aussi le livre doit-il attirer rapidement l’oeil des lecteurs et lectrices et leur donner envie de passer à l’acte d’achat.
Pour la réalisation de la couverture, l’éditeur.rice fait appel soit à un studio graphique, service présent en interne, soit à un.e directeur.rice artistique ou un.e graphiste en externe.
Jusqu’au départ en tirage, il arrive que des ajustements soient réalisés sur la couverture. Cela arrive par exemple à l’issue des réunions commerciales, lorsque l’équipe de représentant.e.s fait des remarques et suggestions pour affiner l’ambiance de la couverture ou revoir sa promesse.
Ces retours sont précieux, car les représentant.e.s sont les personnes qui démarchent les libraires pour placer les ouvrages de la maison d’édition. Leur retour “terrain” sur la couverture est donc important pour modifier, si nécessaire, la couverture et accroître son impact sur le lectorat.
🌼 Pour en savoir plus sur la réalisation de la couverture d’un livre, vous pouvez lire l’article que j’y consacre : c’est par ici !
🌼 La maquettiste et graphiste Jennifer Simboiselle m’a également partagé son expérience de la conception des couvertures pour les maisons d’édition avec lesquelles elle travaille. Vous pouvez retrouver notre échange ici.
En parallèle à l’avancée de la production éditoriale du livre, l’éditeur.rice réalise également ce qu’on appelle “la fiche argumentaire” du livre. Il s’agit d’un document à usage exclusivement interne qui présente les arguments forts du livre, un résumé du contenu, une biographie de l’auteur.e et les caractéristiques techniques du livre.
L’éditeur.rice accompagne ce document d’extraits du manuscrit (texte représentatif, illustrations, cartes s’il s’agit d’un oracle, maquette de quelques pages du livre…).
Cette fiche argumentaire constitue le support de présentation qu’utilisera l’équipe commerciale pour démarcher les libraires afin qu’ils ou elles commandent l’ouvrage. Au vu du nombre de titres qu’ils ou elles présentent lors de leur passage en librairie, les représentant.e.s ont peu de temps à passer sur chaque livre. La fiche argumentaire doit donc aller à l’essentiel et donner des arguments de poids pour susciter l’intérêt du libraire.
Une fois que l’éditeur.rice est en possession des fichiers haute définition du livre et a bien en sa possession le Bon à tirer de l’auteur.e, il ou elle effectue les derniers checks pour vérifier que tout est ok avant le départ en impression. Il prend le temps de vérifier la cohérence entre la couverture et l’intérieur, le format, la qualité des images s’il y en a, les mentions légales…
Après cette ultime vérification, l’éditeur.rice envoie les fichiers au service de fabrication. Le ou la fabricante en charge du livre procède également de son côté à une série de vérifications techniques (page d’achevé, mentions légales, type papier, format…).
En amont, il ou elle aura calé l’impression du livre auprès d’un imprimeur, grâce à un bon de commande qui spécifie les caractéristiques techniques du livre, le nombre d’exemplaires tirés et la date de remise des fichiers pour impression.
Arrive enfin le jour J : la réception des premiers ouvrages imprimés tout droit sortis du “four” ! L’éditeur.rice prévient l’auteur.e de l’arrivée des ouvrages et lui en envoie parfois un exemplaire, qu’il ou elle recevra avant les “exemplaires justificatifs”, c’est-à-dire les exemplaires qui lui sont envoyés gracieusement (le nombre d’exemplaires est prévu au contrat, comme je l’ai détaillé dans l’article dédié aux spécificités du contrat d’auteur.e).
Plusieurs exemplaires sont acheminés au service communication afin que des envois aux journalistes et à des influenceurs.euses soient effectués. Deux exemplaires sont envoyés à la Bibliothèque Nationale de France pour le dépôt légal. L’auteur.e recevra, de son côté, quelques exemplaires qu’il pourra offrir notamment à ses proches.
Le livre est également envoyé aux librairies, sites de vente en ligne, en fonction du nombre d’exemplaires qu’ils ou elles ont commandés. Enfin, le livre va pouvoir commencer sa vie auprès des lecteurs et des lectrices !
📚 On récapitule !
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